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Sans bras.
On se rassure en se serrant. Mais quand elle me prend dans ses bras, je n'ose lui dire que je n'y suis pas.
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Elle me dit « Te perdre, c’est m’arracher le bras », et elle le fait. En réalité, il s’agit là de notre bras siamois – et je n’ai pas le choix.
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Muriel
Ma plainte me traverse et revient, souillée par mes lâchetés passées. Je pleure dessus pour la nettoyer, mais j’ai perdu le droit aux larmes : j’ai fait pleurer. J’ai accusé mon malheur quand je t’en faisais – muet. J’aurais dû être là ; j’étais en moi. J’ai accusé mon malheur quand c’était toi qui pleurais. J’ai refusé le peu que j’ai à celle que j’admirais. J’ai refusé ma bonté, le peu que j’ai, à celle qui me l’a donnée. J’ai tu mon amitié parce que je n’ai pas supporté ma lâcheté. Sans doute ne liras-tu jamais ceci : je te demande pardon. Je te demande pardon pour que tu puisses refuser. Je te demande pardon, mais tu as bien fait de m’oublier. Je n’ai pas changé.
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Mon premier Paris-Carnet
C’est difficile d’aller à un Paris Carnet. D’abord le lieu choisi opère une sorte de sélection naturelle : il faut le trouver. Je ne doute pas que les moins motivés ont abandonné ou jonchent encore les bas-côtés. Les moins sympa, s’il en est, se sont visiblement et définitivement perdus en chemin. Ça a bien failli être mon cas, preuve que je suis sympa mais pas trop. Tout juste la moyenne. Précisons tout de même que je suis capable de me perdre dans mon salon et que, Paris, c’est bien plus grand. J’ai bien dû appeler quatre fois Samantdi pour prévenir de ma venue, de mon retard, de ma perdition puis de ma timidité. Elle a ri, insisté, je suis arrivé, elle m’a intronisé. J’ai souffert, sué, tremblé, bégayé. Mais, surtout, j’ai fait de très belles rencontres. Merci, évidemment, à Samantdi , pour ses sourires, son feuilleton, ses compliments, mais pas pour sa confiture. Samantdi, c’est des trésors de gentillesses qu’en toute une soirée je n’ai su épuiser. Je ne désespère pas. Elle m’a presque convaincu d’écrire à nouveau. Dieu soit loué, je suis parti avant. Merci à Veuve Tarquine , pour sa patience face à mes assauts de banalité, et bien sûr pour le coca-citron. Heureusement que Valclair relevait mon niveau. Madame Tarquine, je ne peux vous (oui, vous) dire combien j’ai été heureux de faire votre connaissance. Mes hommages à votre vélo que j’ai oublié de saluer en partant. Gilda, ce fut un moment bien agréable et enrichissant : j’espère bien vous revoir à un prochain Paris-Carnet. Oui, parce que la Toulousaine a trouvé le moyen de me faire revenir à coup sûr : j’ai un bon pour une confiture. Je n’oublierai pas de l’utiliser. Bref, Samantdi, c’est à vous (d'accord, à toi) que je dois cette excellente soirée.
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Une dernière envie
J’aimerais bien, moi, passer la main. Ne plus me réveiller le matin, ni l’après-midi, plus jamais, me dire : ah, c’est fini. Soupirer enfin. Il faut trouver un moyen, partir sans que maman ait du chagrin, peut-être qu’elle pourrait penser là-bas c’est bien. En ce moment elle doit se dire mon enfant est malheureux et je n’y peux rien, pardon maman. Si j’étais petit un câlin suffirait, tout disparaîtrait mais pas moi. Aujourd’hui je vise le câlin infini.
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Lettre in.
C’est peut-être sur le papier que je couche ma
femme le mieux. Et, ce papier, c’est épais que le choisirais. Dessus, j’y
écrirais son prénom puis sur lettre copierais ses formes au plus près. Désirant
l’envelopper, je la plierais. Avant de l’insérer, je la déplierais d’une
caresse trop pressée, la relirais, la plierais une dernière fois pour l’insérer,
la glisser dans l’enveloppe : ça y est. Trop pressé, vraiment trop pressé,
je devrais recommencer jusque ce que ce soit parfait. Passerais le doigt dans
une minuscule ouverture, décollerais le rabat, soulèverais la bande jusqu’à ce
que le papier soit libéré. J’y lirais encore une fois ce qu’il faut pour me
rassurer. Choisirais une dernière enveloppe vierge, reprendrais. Du bout de la
langue, j’humecterais la bande puis de l’index l’aplanirais tout à fait. Je la
retournerais pour en embrasser la blanche surface. Écrirais une manière de
résumé : le prénom de l’adressée.
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La tête en l'air.
Je me sens oppressé, pressé, pressuré de tous côtés. Par des
toutes petites gens qui m’écrasent violemment pour se sentir plus grands. Moi je
les sens grandement violents, mais si petits petits sur leur ridicule séant. Si
petits que pour les regarder il faut se baisser, alors ils croient que je suis
à leurs pieds. Moi je suis géant car j’ai la tête en l’air, qui dit mieux pas
vous messieurs. Vous ne m’écrasez pas tant que ça, pas en entier, juste les pieds.
Alors ça m’arrive de tomber énervé, mais ça y est je suis déjà relevé. Du moins
je le serai demain et si je ne suis le suis pas ce sera pour le jour d’après. Ou
d’après, car jusqu’à demain j’aurai envie de pleurer, dans mon coin, la tête
entre les mains.
Ils sont si petits que moi aussi je voudrais devenir petit parce
que, ma tête en l’air, elle se voit de loin, on lui jetterait des pierres, des
mots par derrière. Si mon papa était là, ça ne se passerait pas comme ça. Il s’habillerait
en fantôme et tous ces petits petits piailleraient jusqu’à s’éparpiller, disparaîtraient.
Puis il repartirait car il a un métier, il garde les nuages et c’est pourquoi j’ai
si souvent la tête en l’air. On se fait des clins d’œil quand il a le temps. On
s’en fait plein plein plein, tellement que ça pique, ça pique tellement que ça
pique puis coule, ça coule mais il fait mauvais temps. Mais dans le mauvais
temps c’est encore moi le plus grand. La tête en l’air, jamais par terre. Même
par grand vent.
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