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Purgatoire

Moi aussi je suis gentil.





Je me demande pourquoi elle me quitte comme ça, doucement, ma
maman. Elle ne vient plus me voir. En fait, elle n’est jamais venue me voir,
sauf une fois. Mais si peu de temps, et en si peu parlant que j’ai du mal à me
dire qu’elle était là vraiment.






Elle m’appelle assez souvent, on rit – ça je ne l’aurais jamais
imaginé. Elle veut bien me parler, de loin. Mais, parfois, elle doit vite
raccrocher, s’en aller. Chez les enfants de son homme. Ils sont bien gentils d’ailleurs,
mais moi aussi je crois.






J’ai fait le ménage, quand c’est propre elle s’inquiète moins pour
moi. Du moins je l’imagine comme ça. On n’est pas des expansifs, on ne s’embrasse
pas. On préfère se dire des banalités pour commencer.






Avant de partir de chez elle, il y a un rituel. Je nettoie les
oreilles de la chienne, car ma mère déteste ça. Et elle s’émerveille de ce que
je m’en occupe si bien. Ça a besoin de peu, l’émerveillement d’une maman.






Puis elle me ramène en voiture à la gare. Mais jamais jusque chez
moi pour le café. Tout à l’heure j’aurai envie de lui demander : sans mon
papa puis pas à pas sans ma maman, il reste quoi de mes parents ? Peut-être
que j’ajouterai Moi aussi je suis gentil
(et j’ai de la peine)
.






Mais je sais qu’en partant je lui ferai juste une bise,
exceptionnellement.



7.8.05 09:47


Je m'ennuie.



Parfois j’ai peur que ne se pose sur moi le suaire de l’ennui. Pas
cet ennui de début d’après-midi, celui qui dure une vie. Pour m’en prémunir, j’ai
agrémenté la mienne de choses formidables : d’un peu de mort et de
beaucoup d’amour, plus des petites choses qu’on trouve entre les deux en
fouillant un peu.






Mais sous notre soleil rien n’est éternel, pas même la mort qui
elle aussi sait aussi lasser. Je pourrais occuper mes oisivetés de pensées. Je me
sens bien dans les lieux communs, pourvu que j’y sois seul. D’ailleurs tous mes
écrits sont des lieux communs, des mots éculés. Qui aujourd’hui m’ennuient.






De l’amour et de la mort, plus rien ne m’étonne. Je m’accroche un
peu encore à la pauvreté, qui  trouve
encore le moyen de m’attrister. Mon cœur se serre encore quand s’ouvre la main
du mendiant. Ça me prend le cœur, oui, et ça le serre. Mais ça ne bouscule plus
mon âme. Je crois qu’elle se dit : Tout compte bien fait, je m’en fous. Alors
on discute, on négocie : je voudrais ne pas être d’accord.






En dernier recours, je lui dis : Souviens-toi de l’amour. Elle
me répond : C’est bon, j’en ai tous les jours.


15.7.05 10:56


Un sourire en réponse.





J’ai rencontré une femme qui m’a fait un sourire si doux que j’ai
immédiatement souhaité qu’elle soit ma mère. Mais j’étais déjà trop vieux, ou
elle pas assez. J’étais assis dans le métro, je tenais mon parapluie, la pointe
plantée à terre. Abasourdi de fatigue, j’ai posé ma tête sur son manche courbe.
Puis je l’ai relevée pour vérifier à quelle station nous arrivions, mais c’est
son sourire que j’ai vu. Ce sourire avait la beauté que seule donne la bonté. De
ce petit geste elle m’avait rendu au bonheur, malgré mes soucis. Ou sans mes
soucis, un instant.






Puis, à la correspondance, on s’est quittés en allant dans le même
sens. Nous nous sommes levés. Et je trouve cette idée terrible de pouvoir
quitter quelqu’un qui marche à votre côté. Je ne voudrais pas recommencer. Et
je voudrais, avant de ne pas recommencer, à nouveau la rencontrer. Tant de
douceur était impossible. Tant de douceur en un seul sourire… je peux dire que
j’ai eu l’honneur de sourire à une sainte.


2.7.05 10:38


Profitez-en, demain cette note pourrira au purgatoire.



Comme j’ai besoin d’argent, j’en ai demandé à la banque qui en a beaucoup.
Comme je n’en ai pas, elle a refusé. Je ne vous comprends pas, lui ai-je
dit – car je ne comprends rien quand il s’agit de mes intérêts que, dans leur
langage, on appelle agios –, si j’en avais, je ne vous en demanderais pas.












— Certes, mais si vous n’en avez pas, vous ne
le rendrez pas.

— Comment voulez-vous que je vous rende ce que
vous ne m’avez pas donné ? Ah !

— Nous ne souhaitons pas que vous nous le
rendiez, nous souhaitons que vous le possédiez.

— Donnez-le moi et je le posséderai !

— …






Ainsi mon banquier m’a-t-il laissé, généreux et compréhensif, doux
presque, avoir le dernier mot pour argent content. En partant tout de même, l’air
innocent, je leur ai piqué tout un tas de coupons qui traînait lascifs sur le
comptoir du guichet sans trop de surveillance. Des coupons de remise de
chèques. J’y ai vu comme un espoir.



27.6.05 18:35


22.6.05 22:34


Moi aussi je fais de l'écriture automatique. Et c'est pas bon.



Enfant, je n’avais pas de rêves vraiment. Alors je me les fais un
peu maintenant. C’est sûr, il y a du mieux mais ça marche peu, je suis trop
vieux. Parce que je suis tout de même déjà à l’âge de savoir que le monde,
tiens, c’est pas ça. Je me dis Dans ma vie, j’aimerais bien çi avec une pointe
de ça, et être aimé surtout. Mais on ne me connaît pas assez, dans la rue on m’ignore,
personne pour m’admirer. Parfois, tout de même et c’est bien le moins, une femme me
croise, me reconnaît, m’interpelle et me dis Vous savez je vous ai lu, et je
crois que je vous aime. Mais, curieusement, c’est toujours la même, toujours la
mienne. L’avantage c’est que ma fan accepte de me donner lecture de mes propres
textes. On redonne vie aux salons de lecture, à commencer par le nôtre. Pour l’instant,
c’est privé, n’y entre pas qui veut, seulement elle et moi. Aux autres, on n’a
pas donné l’adresse. Parce que, courus comme nous sommes, on viendrait à toute
heure, or quand ma fan est nue, désolé, on n’entre pas. Sauf moi. Et encore,
quand il s’agit de la salle de bains, fermé au verrou, je dois me munir d’un
tournevis, d’un couteau ou d’une carte de crédit, de n’importe quoi qui fasse
tourner le loquet. Comme quoi, voyez, pour vous, ce n’est pas gagné.


10.6.05 17:29


Les mondes engloutis.

J’ai des silences plein les pensées, des aléas plein le présent,
des petits boulots mal payés et du temps à revendre. J’ai des souvenirs en
pagaille, en paquets dans tous les coins, non déballés, mal cachés par la
poussière, ils me semblent si loin mais il suffirait de souffler dessus – ou d’un
coup de vent indécent.






À moins qu’il ne soit temps, temps de les ouvrir enfin, d’en faire
le tri, de ne pas hésiter à les jeter. De dire, le plumeau à la main, ça, c’était
moi mais c’est le passé, je ne suis plus ceci mais cela. Qu’en sais-je en
réalité ? Ou alors de choisir la meilleure part de ce que j’étais – avec
sévérité ?






Car si moi-même je ne déballais ces paquets, qui s’en occuperait ?
Tout ce monde qui a disparu, mes ex-êtres chers, mes mortes chairs, tous ces
mondes disparus… Vers ? La
Terre
doit être plate car tous se sont éteints à l’horizon,
balancés dans les profondeurs, dans le gouffre où s’arrête mon cœur.


3.6.05 09:18


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